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carte postale le palais        

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  MONUMENTS INSCRITS ET CLASSÉS:

      FORT DE RAMONET EN TOTALITÉ - INSCRIT LE 30 OCTOBRE 2000

      ENSEMBLE DES OUVRAGES MILITAIRES COMPOSANT LE FORT TAILLEFER - INSCRIT LE 30 OCTOBRE 2000

      FORT DU GROS ROCHER EN TOTALITÉ COMPOSÉ DE LA REDOUTE DE LA FIN DU 18ÈME SIÈCLE, DU RÉDUIT TYPE 1846, D'UN ENSEMBLE DE PLATES-FORMES DE TIR ET DE TRAVERSES DE LA FIN DU 19ÈME SIÈCLE, DU MUR D'ENCEINTE - INSCRIT LE 30 OCTOBRE 2000

      CORPS DE GARDE DU FORTIN DE PORT-FOUQUET EN TOTALITÉ - INSCRIT LE 30 OCTOBRE 2000

      CORPS DE GARDE DE FORT LARRON EN TOTALITÉ - INSCRIT LE 30 OCTOBRE 2000

      RETRANCHEMENT DE BORDARDOUÉ À SAVOIR LA REDOUTE ENCADRÉE DE DEUX RETRANCHEMENTS MAÇONNÉS, UNE GUÉRITE DE GARDE-CÔTE - INSCRIT LE 30 OCTOBRE 2000

      ENCEINTE URBAINE DE PALAIS À SAVOIR LES OUVRAGES, LE CHEMIN COUVERT, LES GLACIS, LE MUR DE FORTIFICATION AU-DELÀ DE LA PORTE DE LOCMARIA ET L'OUVRAGE DE BEAUSOLEIL - CLASSÉ LE 3 NOVEMBRE 2004

      CITADELLE VAUBAN - INSCRIT LE 1ER MAI 1933 - MUR DE HAUTE-BOULOGNE - INSCRIT LE 9 MARS 1994 - LES FAÇADES ET LES TOITURES DE L'ENSEMBLE DE SES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS ET PARMI CEUX-CI, LA TOTALITÉ DE LA POUDRIÈRE CIRCULAIRE, DES VESTIGES DES CASEMATES RÉALISÉES PAR LES ARCHITECTES DE GONDI ET DE LA POUDRIÈRE SOUTERRAINE DE L'ENVELOPPE - CLASSÉ LE 22 JUIN 2007

      AIGUADE VAUBAN OU BELLE FONTAINE Y COMPRIS LA TERRASSE ET LA DIGUE - CLASSÉ LE 13 SEPTEMBRE 1990

  SITES INSCRITS ET CLASSÉS:

      ENCEINTE FORTIFIÉE : PARTIE PLANTÉE, FAISANT PROMENADE MUNICIPALE, ENTRE LA PAROI INTERNE DE L'ENCEINTE DE VAUBAN ET LE PAREMENT DES FORTIFICATIONS DU GÉNÉRAL MARESCOT,DEPUIS LES PORTES BANGOR ET VAUBAN JUSQU'AU PORT ET À LA PORTE RAMONETTE, - CLASSÉ LE 28 JUILLET 1933

      L'ILOT DU GROS-ROCHER SITUÉ SUR LE LITTORAL DE BELLE -ISLE-EN-MER, COMMUNE DU PALAIS - CLASSÉ LE 02 SEPTEMBRE 1933

      L'ENSEMBLE FORMÉ SUR LA COMMUNE DU PALAIS PAR LE SITE DES REMPARTS - CLASSÉ LE 20 DÉCEMBRE 1985

      L'ENSEMBLE FORMÉ SUR LES COMMUNES DE BANGOR, LOCMARIA, LE PALAIS ET SAUZON PAR LES SITES CÔTIERS DE BELLE-ILE-EN-MER AINSI QUE LE DOMAINE PUBLIC MARITIME CORRESPONDANT - CLASSÉ LE 15 JANVIER 1978

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  DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE DE OGÉE (1778-1780):

ISLE-DE-BELLE-ISLE ; située sur les côtes méridionales de Bretagne, dont elle est éloignée de 5 lieues trois quarts. C'est une des plus étendues de la province ; elle est par les 5 degrés 26 minutes 15 secondes de longitude, & par les 47 degrés 17 minutes 16 secondes de latitude, à 10 lieues de Vannes, son Evêché, & à 30 lieues de Rennes.
M. Bulet prétend que Calonesus, Belle-Isle, vient de cal, pierre, roc ; ones, isle ; calories, isle de rocher. M. de la Sauvagere pense que le mot latin Calonesus n'est qu'un grécisme formé du grec xa?òs, pulcher, & de vñoos, insula, qui ne doit sa naissance qu'au siecle du Roi François I, où l'on grécisoit jusques aux noms des hommes ; & cet écrivain établit ce sentiment sur ce que ce mot latin, pour dire Belle-Isle, est tout-à-fait moderne, & qu'anciennement il n'étoit pas connu.
Pline, en parlant des isles du pays desVenetes, ( c'est Vannes, ) les confond toutes sous le nom de Veneticas. Le Dictionnaire de Ducange explique venna par pêcheur, ce qui est analogue aux gens qui habitent les côtes où les poissons sont excellents & très-abondants, & où le métier de pêcheur s'est transmis jusqu'à nos jours. César, dans ses commentaires, les confond aussi toutes sous la même dénomination de Veneticas ; & Stabon, s'il désigne Belle-Isle, ne nous en donne point de notion assez claire ; pour la reconnoître ; il parle d'une isle à l'entrée de la Loire : ( Samson, dans sa géographie, prétend que c'est de Belle-Isle dont Strabon veut parler, ) où l'on célébroit les fêtes des Bacchanales. L'Isle-de-Bouin se présente plus naturellement que Belle-Isle, plus éloignée en mer. L'Isle-de-Belle-Isle a été certainement habitée par les Romains : le camp qui s'y remarque ; les pierres plantées, & d'une grosseur extraordinaire, particuliérement celle qu'on remarque entre le moulin de Gouich & le bourg de Lomaria, du poids de 54400 ; les médailles qui s'y découvrent de temps en temps ; tout concourt à ne laisser aucun doute que quelque Colonie Romaine y ait séjourné.
M. de la Sauvagere dit aussi que, lorsque César fut prêt de livrer bataille aux Venetes, tout étant disposé, lorsque la flotte Romaine parut, celle des Venetes se rangea en ordre de bataille, l'Amiral Romain n'osa les attaquer, il chercha à s'éloigner, & relâcha dans quelques terres que Dion-Cassius ne nomme point, que l'on présume être l'Isle-de-Belle-Isle, à cause des vestiges que l'on y voit d'un retranchement construit à la maniere des anciens Romains. ( Voyez Vannes. ) Il est encore très-probable que Belle-Isle resta entre les mains des Romains jusqu'à leur expulsion des Gaules, l'an 409 ; qu'elle fut ensuite peuplée par les voisins du continent, & soumise aux Rois de l'Armorique jusqu en 878, que ce pays passa sous le gouvernement de différents Comtes, dont Vannes formoit un Comté particulier.
Dans tous les monuments de ces siecles antérieurs, Belle-Isle n'est point nommée, ou l'on ignore comment elle s'appelloit : ce ne fut que sous Geoffroi II, qui réunit toute la principauté de la Bretagne l'an 992, qu'on la trouve nommée Guedel, dans une charte où ce Prince en fait présent à l'Abbaye de Redon. Cette charte fut ratifiée par Alain III, son fils, l'an 1006. Belle-Isle porte toujours le nom de Guedel dans les contestations qui survinrent au sujet de la disposition de cette isle en faveur de l'Abbaye de Redon. Elle fut réclamée par Alain Cagnard, à qui elle appartenoit de droit, disant que son oncle, pendant sa minorité, n'avoit point été en droit de donner un bien qui devoit lui revenir comme représentant son quatrieme ayeul qui s'en étoit mis en possession, & qui n'avoit point cessé d'en jouir depuis les ravages & le séjour qu'y avoient fait les Normands lors de leur incursion dans cette Province. Alain Cagnard s'en crut tellement le Souverain, que, de son côté, il en fit don à l'Abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, le 14 Octobre 1029 : il en fit expédier une charte, où cette isle est appellée Bella-Insula, & où il est expressément dit qu'en breton elle se nomme Guedel ; c'est donc à ce mot Guedel, le plus ancien nom de Belle-Isle, & non à Calonesus, qu'il falloit chercher une origine celtique. On lit, dans le Glossaire Breton, le mot gwel, qui signifie voile de navire, Guedel paroît en dériver, & cette signification est analogue à l'usage, à la mer, de crier voile : il y en a toujours sous l'Isle-de-Belle-Isle, qui sert de reconnoissance, de mouillage, & d'atterrage, pour y attendre les vents favorables. Le mot voie de navire, dans l'hébreu, ne se trouvant employé nulle part dans tous les livres écrits en cette langue, ne se pourroit-il pas que le mot breton eût pris sa racine gwel de l'hébreu gel, qui signifie volvo, devolvo, convolvo, ou getel, volvit, convolvit, d'où l'on aura composé le mot celtique Guedel, parce qu'à la mer il faut souvent freter & dérecler, c'est-à-dire, plier ou déployer les voiles.
Les Moines de Redon & de Quimperlé se disputerent long-temps la possession de l'Isle-de-Belle-Isle, quelquefois même à main-armée ; cette guerre dura cent quarante-trois ans. Enfin, par la médiation des Princes Bretons & du Pape, l'isle fut adjugée aux Moines de Quimperlé, l'an 1172. Ils y bâtirent un château pour se mettre à couvert des incursions & des pillages des corsaires. Les inquiétudes de l'Etat engagerent le Roi François II à rendre ce château plus fort : en conséquence, le Roi ordonna qu'on démolit le château d'Aurai, que les matériaux fussent employés à Belle-Isle, & que l'on vendit deux cents journaux de la forêt de Lanvaux ( au territoire de Grand-champ ) pour ce même objet ; ce qui fut fait en 1560.
Le Maréchal de Retz, profitant des craintes continuelles où vivoient les Moines de Belle-Isle, leur proposa en échange une Terre, qu'ils accepterent de l'agrément du Roi Charles IX, l'an 1572 ; & ce Monarque y consentit à condition que ce Maréchal en augmenteroit les fortifications à ses frais, qu'il y entretiendroit un Capitaine pour y commander, & des soldats en garnison. Le Comte de Montgommeri commandant la flotte Anglaise envoyée au secours de la Rochelle, étant arrivé devant cette isle au commencement de 1573, cet Amiral fit attaquer le fameux boulevard de Belle-Isle & se rendit maître de l'isle. Cette descente réussit au point qu'ils se saisirent du bourg du Palais en débarquant, & le lendemain ils s'emparerent du château dont la garnison abandonna le Gouverneur. Le Comte de Montgommeri, ayant partagé son armée en quatre brigades, retint la derniere pour la défense de l'isle ; mais, comme la plupart de ses gens l'abandonnerent trois semaines après, ayant d'ailleurs appris que le Duc de Montpensier avec quatre mille hommes, accompagné du Sieur de Retz avec dix ou douze vaisseaux, venoit le forcer dans cette isle, il la quitta. Le recouvrement d'un lieu d'une aussi grande conséquence obligea Charles IX à distraire, par autorité, cette isle des domaines de l'Abbaye de Quimperlé, qui se faisoit tirer l'oreille pour tenir la convention faite en 1572, & à en donner la défense au Comte de Retz, à qui Sa Majesté en fit donation, &, quelques mois après, elle l'érigea en Marquisat.
En 1658, M. de Gondy le vendit à M. Fouquet, Surintendant des Finances, pour la somme de quatorze cent mille livres. M. de Gondy avoit agrandi le château bâti au bourg du Palais, l'an 1560, par un fort à redents, avec fossés & pont-levis, que M. Fouquet acheva ; c'est ce qu'on appelle encore aujourd'hui la vieille enveloppe. Il n'y avoit point d'autres fortifications dans l'isle, lorsqu'au mois de Juin 1674 la flotte Hollandaise, forte de soixante-dix voiles, commandée par l'Amiral Tromp, vint mouiller dans les grands sables. M. du Boulet de Lorgerie commandoit dans l'isle, la fortification étoit défendue par le Régiment de Ravailles que commandoit M. de Dangeau, & par quelques Compagnies de marine. On avoit construit à la hâte un retranchement en terre, le long des grands sables, gardé par les Milices Bourgeoises de Vannes & d'Aurai, le reste des habitants étoit répandu dans l'isle avec trop peu de précaution. L'Amiral le devina, & fit embarquer cinquante hommes dans une chaloupe, avec ordre de tourner l'isle & de chercher à y pénétrer. Cette chaloupe entra au point du jour dans l'anse appellée Ponloscas, Quelques paysans, que l'on trouva endormis, furent bientôt égorgés. Les cinquante hommes s'avancerent dans l'isle, le feu qu'ils mirent à une maison du village de Bornord, dans la Paroisse de Lomaria, servit de signal à la flotte, & donna l'alarme à ceux qui défendoient les grands sables ; tous se sauverent dans la fortification. Dès le même jour, le Comte de Hoin descendit aux grands sables à la tête de cinq mille hommes de troupes réglées, il fit sommer le Commandant de se rendre ; celui-ci répondit fiérement ; le Général Hollandais ne voulut ou n'osa l'attaquer ; il ravagea l'isle, brûla quelques hameaux, & se rembarqua ; la flotte appareilla, le 5 Juillet, à cinq heures & demie du soir. On connut alors l'importance de cette isle, & on songea sérieusement à la fortifier ; mais ce ne fut que dix ans après que l'on commença à y travailler. Cependant, peu de temps après le départ de la flotte Hollandaise, on fit construire les redoutes de Saint-Laurent & de Ker-david, pour occuper les deux gorges qui aboutissent à la plage des grands sables.
M. de Vauban fut chargé de la construction de la citadelle, vers 1687. Ce Maréchal fut gêné pour l'emplacement. Son projet étoit de l'asseoir sur le coteau du moulin de Port-Halan, mais on l'obligea de la construire où elle est, pour profiter de la vieille enveloppe, il n'a pu empêcher qu'elle ne fût commandée, il a, d'ailleurs, suppléé à ce défaut avec toute l'habileté dont il étoit capable. Il fit raser la principale partie de la ville, que l'on nommoit la haute Boulogne, qui étoit située où sont aujourd'hui les glacis, & dont les maisons joignoient la contrescarpe des fossés. La citadelle fut achevée vers 1692, &, depuis ce temps, le Roi y a toujours tenu garnison.
Les descendants de M. Fouquet ont possédé cette isle jusqu'en 1719, que le Roi l'a réunie à son domaine. Il donna, en échange, le Duché de Gisors, & permit au Marquis de Belle-Isle de porter le nom de Belle-Isle.
Par contrat du 18 Janvier 1759, passé entre les Commissaires du Roi & les Etats de Bretagne, cette province eut la jouissance de Belle-Isle, comme faisant partie des domaines de Sa Majesté, dont elle devenoit engagiste.
Le 7 Juin 1761, après un long siege, elle passa au pouvoir de l'Angleterre. Elle avoit été attaquée par l'Amiral Keppel & le Général Hodgson. Le Chevalier de Sainte-Croix la défendit avec la plus grande bravoure ; mais, forcé de capituler, il le fit honorablement. Toute la garnison sortit par la breche, avec trois pieces de canon & tout l'attirail d'usage en pareille circonstance. On a imprimé un journal de ce siege, que tout le monde connoît. A la paix de 1763, Belle-Isle fut restituée à la France.
Depuis cette époque, le Roi, étant rentré dans ses domaines de Bretagne, Belle-Isle a suivi ce nouveau régime, & elle fait aujourd'hui partie de cette ferme.
L'isle-de-Belle-Isle forme un gouvernement particulier militaire, composé d'un Gouverneur de la premiere classe, d'un Lieutenant de Roi de la seconde, un Major, & un Aide-Major. Cette isle contient quatre Paroisses, qui sont : le Palais, Sauzon, Bangor, & Lomaria, qui comprennent entr'elles cent vingt villages, ou hameaux, & une population de cinq mille cinq cents hommes. Le Palais est le chef-lieu de l'isle ; c'est une petite villotte contenant environ deux cents maisons, presque toutes assez bien bâties. C'est la résidence de tout l'Etat-Major de l'isle & de la garnison : il n'est séparé de la citadelle que par un petit bras de mer qui asseche à toutes les marées.
Le Recteur du Palais est en même temps Official, & c'est le nom qu'on lui donne le plus souvent. Il y a, en outre, un Promoteur : ils sont l'un & l'autre pourvus de lettres-patentes en forme de l'Evêque de Vannes, qui a aussi accordé à l'Official plusieurs pouvoirs des Grands-Vicaires forains, mais seulement ad nutum Episcopi. Anciennement, la nomination aux quatre Paroisses appartenoit au Seigneur de l'isle, & même aux Commandants pour le Roi. Il y a eu, à cette occasion, plusieurs démêlés entre ceux-ci & les Evêques de Vannes. La question fut décidée en faveur de l'Evêque, par une lettre du Marquis de Torcy, alors Ministre, du 15 Mai 1693. Cette décision ne fit cependant pas une loi perpétuelle & irrévocable, puisque le Roi, comme M. de Belle-Isle, pourvut de la Cure du Palais Pierre Berthelot, par Brevet du 13 Juin 1721, & déposséda Jean le Moiny, qui y avoit été nommé, le 16 Avril de la même année, par Antoine Fagon, Evêque de Vannes. Le sieur Berthelot s'étant démis de cette Cure, au mois de Septembre 1725, Sa Majesté nomma Claude Mallet à cette Paroisse, vacante par la démission du sieur Berthelot. Ce Brevet, du 5 Mars 1726, fut revêtu des provisions de l'Evêque, datées du 26 Juin ; mais, sept ans après, le sieur Mallet fit aussi sa démission entre les mains de l'Evêque de Vannes, qui nomma à sa Cure, &, depuis cette époque, ses successeurs ont joui du droit sans trouble & sans interruption.
Lorsque Belle-Isle fut érigée en Marquisat, en 1573, il y fut établi une Jurisdiction de haute, moyenne & basse-Justice, relevant du Siege royal d'Aurai. Elle fut composée d'un Sénéchal, à trois cents livres de gages ; d'un Procureur fiscal, à deux cents livres ; d'un Greffier, quatre Procureurs, & trois Sergents, auxquels il fut assigné une quête de froment dans toute l'isle. Tous ces gages ne subsistent plus aujourd'hui ; mais les Juges ont cru pouvoir échanger ces émoluments contre les titres honorifiques, lorsque le Roi devint propriétaire de Belle-Isle. Quoiqu'il ne fût rien échangé dans l'ordre de la Jurisdiction, les Juges devinrent Juges royaux, &, aujourd'hui, ils prennent la qualité de Conseillers du Roi, à l'instar des Sénéchaussées royales ; cependant, ils ne ressortissent point directement au Parlement, ou au Présidial de Vannes.
Les Moines de Sainte-Croix de Quimperlé reçurent Belle-Isle comme un don pur & sans aucune charge, ab omni exactione libera, dit la charte ; & les colons, attirés par cette franchise, en ont joui pendant près de huit cents ans, tant à la faveur des termes de la premiere concession, qu'en vertu des lettres-patentes qui leur ont été accordées & renouvellées successivement par les Rois de France, en considération de l'importance de leur situation & de la grande quantité de corvées auxquelles ils sont sujets : mais ces privileges finirent en 1719, lorsque l'isle fut réunie au domaine du Roi. Depuis cette époque, les habitants sont assujettis aux mêmes impositions que ceux du continent.
Cette isle renferme des plaines immenses, susceptibles de la plus belle culture : elles sont coupées par environ cent vallons qui forment des prairies naturelles, qu'un peu d'art rendroit du plus grand rapport. Bordées de droite & de gauche par des côteaux d'une hauteur considérable, elles sont continuellement arrosées, & donnent, pendant toute l'année, de belle herbe. Les côteaux sont nuds & sans aucune espece de rapport. On pourroit, à la fois, les rendre utiles & agréables, en y semant du bois, en y plantant des vignes, & en y faisant des prairies artificielles, suivant leurs diverses expositions. Le mûrier & le figuier viennent naturellement à Belle-Isle, & y acquierent un degré de beauté que l'on ne rencontre nulle part dans la province ; il seroit très-facile de les y multiplier. Quelques Provençaux, attirés par la pêche de la sardine, s'étant fixés dans l'isle, & y ayant trouvé beaucoup de mûriers rouges, firent venir des cocons de vers à soie, & nourrirent cet insecte de feuilles de mûrier. Cette expérience réussit, & ils firent de la soie assez belle pendant plusieurs années. M. Fagon, Intendant des Finances, forma le projet d'encourager cette branche d'industrie ; &, en conséquence, il y envoya, en 1743, de la graine de mûriers blancs, & une instruction sur la culture de cet arbre & l'éducation des vers à soie : mais des circonstances particulieres ayant obligé les Provençaux à sortir de l'Isle, cet établissement est resté sans exécution. Les plaines dont je viens de parler sont d'une terre extrêmement forte, qui produit de très-beau froment. Elles sont labourées, comme si elles étoient légeres, avec une petite charrue traînée par des boufs & des chevaux forts comme des chevres ; aussi est-on obligé de laisser reposer les champs de deux années une. Le seul engrais que l'on y connoisse est le varech & le goémon. Le fumier d'étable & d'écurie remplace, dans les campagnes, le bois de chauffage, qui y est absolument nul. Malgré cette mauvaise culture, l'isle peut encore exporter, chaque année, deux cents tonneaux de froment, la consommation des insulaires prélevée. Il y a au moins un tiers de l'isle cultivé ; &, comme de ce tiers il n'y a que la moitié qui rapporte annuellement, on ne peut compter que le tiers du terrein en valeur. En 1766, on y transporta quatre-vingt familles Acadiennes, auxquelles on accorda des concessions : elles furent, pour chaque famille, de vingt journaux de terres labourables, & de dix en landes, pâtures, & prairies. On donna, en outre, par famille, deux boufs, une vache, un cheval, une charrue, quelques instruments aratoires, & une somme de quatre cents livres pour subvenir aux premiers frais d'établissement. Cette colonie de gens actifs & industrieux eût, sans doute, opéré le bien qu'on en attendoit, en excitant l'émulation des naturels du pays, paresseux & peu éclairés ; mais la protection qu'on lui accorda ayant cessé dès la troisieme année, & la cherté de la redevance ayant amené le découragement, quelques familles s'établirent dans le continent, &, en 1775, sur les offres qui leur furent faites, la plupart des autres passerent dans l'Isle-de-Corse, de sorte qu'il n'en reste plus aujourd'hui que trente-deux familles, qui ne s'y enrichissent pas ; mais l'isle leur devra toujours une centaine de maison mieux construites & plus commodes que celles des paysans, & la culture des patates, ou pommes de terre, absolument inconnue avant eux, & qui de Belle-Isle a passé en Terre-ferme. La redevance annuelle & perpétuelle, sans pouvoir jamais s'affranchir, fut d'un boisseau de froment par journal de terre labourable, on peut évaluer ce boisseau à trois livres, année commune. Le commerce d'exportation de Belle-Isle est uniquement celui de la sardine. Cette pêche occupe cent cinquante bateaux, & six cents personnes à quatre hommes par bateau. Autrefois, on y en comptoit deux cents ; mais le monopole exercé, depuis quelques années, sur la rogue, a affoibli le commerce de plus d'un tiers. Ces cent cinquante bateaux peuvent donner à leurs propriétaires un bénéfice net de trente mille livres ; les gages des pêcheurs sont évalués à une somme égale : ainsi, le produit net de cette pêche est de soixante mille livres, mais, comme les frais en sont très-considérables, & qu'ils, ne sont pas compris dans ce résultat, on peut estimer que la circulation, occasionnée par la pêche de la sardine, roule de cent cinquante à cent soixante mille livres.
Le commerce d'importation se trouve aussi, par la dépopulation survenue depuis quinze ans, réduit à très-peu de chose. Douze à quinze cargaisons, de trente ou quarante tonneaux chacune, suffisent aujourd'hui à la consommation des insulaires & de la garnison.
L'air de Belle-Isle est très-sain, les eaux y sont bonnes, le peu de fruits & de légumes que l'on y cultive y est de bon goût, sur-tout, les mûres & les figues, les artichauts & les asperges ; la viande de boucherie y est médiocre, & on n'y voit point de gibier, à l'exception de quelques lievres & lapins. On l'a souvent peuplée de perdrix, mais elles y ont toujours été détruites de fort bonne heure, soit par les chiens, ou les lacets des paysans, soit par les oiseaux de proie qui y sont en grand nombre. L'été, le poisson y est abondant, de belle taille, & de bonne qualité. Toute la côte est sablonneuse & environnée de rochers d'une hauteur effrayante, coupés à pic, de sorte que les coquillages y sont fort rares. L'hiver, la mer y est presque toujours affreuse, & ne permet guere d'y pêcher. Ces circonstances y rendent la vie précaire, parce qu'il faut tirer du continent tous les objets d'utilité & d'agrément, & une grande partie de ceux de premiere nécessité. Le pays seroit agréable s'il étoit plus couvert ; mais, à l'exception des mûriers & des figuiers dont on a parlé, & de quelques ormeaux qui se trouvent sur un coteau près du Palais, on ne voit pas un seul arbre dans la campagne. Il seroit cependant très-facile d'y en avoir : mais, pour cela, il faudroit, à force d'encouragement, vaincre les préjugés, la paresse, & l'ignorance des paysans en général. Cette isle est très-éloignée de l'état florissant auquel sa position avantageuse, la multiplicité de ses forts, la fertilité de son sol, & la température de son climat auroient dû la porter. Cependant, l'importance dont elle est pour le commerce de la côte du Sud de Bretagne, dont elle fait la sureté, mérite une attention sérieuse & une protection assurée.
L'objet le plus digne de la curiosité des étrangers qui vont à Belle-Isle, c'est le réservoir d'eau douce, situé au Port-Laron, à environ une demi-lieu du Palais. Il fut construit, en même temps que la citadelle, par M. le Maréchal de Vauban. Il a dix toises de longueur sur trois toises & demie de largeur, & seize pieds de profondeur jusqu'au trop plein. Sa grande utilité est pour l'aiguade des vaisseaux, & sa position est telle que deux chaloupes peuvent venir mouiller sous deux gros robinets, & y remplir leurs pieces sans les débarquer. Ce réservoir est toujours plein ; & la source qui y fournit l'eau, en donne soixante-dix-huit bariques par vingt-quatre heures, dans les plus grandes sécheresses.
On voit aussi au Palais un fort bel Hôpital militaire, desservi par des Sours-Grises.
Belle-Isle a cinq lieues de longueur de l'Est à l'Ouest, sur différentes largeurs ; sa plus grande est de deux lieues, & sa moindre est de trois quarts de lieue : elle contient environ quatorze mille huit cents journaux de terrein, grand journal de Bretagne. Ses défenses consistent, en général, dans la citadelle, les batteries qui entourent les côtes, placées aux anses, sables, échouages ou ports, dont les plus considérables sont, le port du Palais sous la citadelle, & le port de Sauzon, dont l'entrée est dangereuse par les rochers qui l'environnent. Toutes les autres anses ou ports ne sont proprement que des criques ; les seuls praticables sont ceux du côté du continent, il ne peut y entrer que quelques chaloupes. Le port Andro, lui-même, où nos ennemis firent leurs tentatives en 1761, n'est guere plus considérable. La seule anse qui mérite attention est celle qui s'appelle de Sanrezun, nommée autrement les grands sables. Cette anse a mille toises d'ouverture en forme de croissant, fort applatie sur une côte très-élevée, fortifiée, dans le centre, sur les pointes, & dans les intervalles, par des batteries, des redents, & des redoutes qui se défendent réciproquement de l'artillerie, par la mousqueterie qui en empêche l'accès, & par des revers de flanc & de front, le tout lié & cousu de l'un à l'autre par de hauts rochers tranchés à pic ou naturels ; &, dans les endroits où il n'y en a pas, on y a fait des murs, avec de bons parapets, revêtus en gazon, qui serment entiérement ce grand front de fortification.

La cure correspond à la ou aux personnes en charge des âmes de la paroisse — La cure est à l'alternative signifie qu'elle est présenté soit par l'Évêque soit par un autre possesseur du droit de présentation et souvent alternativement — La cure est à l'ordinaire signifie qu'elle est présentée par l'Évêque — Subdélégation désigne un lieu possédant un pouvoir délégé par une autorité — Ressort de ou ressortir de signifie dépendre de — Une treve est une succursale de paroisse — 1 lieue (lieue tarifaire de 2400 toises) correspond à environ 4677 de nos mêtres — 1 livre (poid) correspond à environ 490 de nos grammes — 1 millier (poid) correspond à environ 490 de nos kilogrammes — La basse-Justice traite des infractions mineures et des affaires concernant les droits dû au seigneur — La moyenne-Justice traite des infractions pouvant entrainer des amendes ou peines de prison conséquentes, mais pas la peine de mort — La haute-Justice traite des infractions les plus graves où la peine de mort peut être prononcée — L'orthographe de la fin du 18ème siècle est respectée.

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